Gène du stress et santé mentale

Jan 8, 2018 par

Les gènes impliqués dans la gestion du stress influencent-ils les comportements suicidaires ou la survenue de maladies psychiatriques ? Pour répondre à cette question, des chercheurs suédois ont étudié, en détail, le génome de 88 patients ayant tenté de se suicider. Leur analyse montre que certaines modifications dans le gène CRH sont corrélées à un risque élevé de vouloir mettre fin à ses jours. Retour sur l’étude publiée dans la revue EBioMedicine.

Gène CRH et santé mentale

Le cortisol, l’hormone du stress impliquée aussi dans les conduites suicidaires

Le gène CRH (de l’anglais corticotropin-releasing hormon), ou gène de la corticolibérine est responsable de la synthèse d’une molécule produite dans le cerveau qui va stimuler, à son tour, la libération d’ACTH (adenocorticotropic hormon) ou corticotropine.

À savoir ! L’ACTH sécrétée dans le cerveau agit sur les glandes corticosurénales (partie extérieure de la glande surrénale) afin qu’elles libèrent  des corticostéroides comme le cortisol. Le cortisol est un initiateur et régulateur métabolique qui stimule notamment l’augmentation du glucose dans le sang et joue un rôle dans l’inflammation des tissus, le système immunitaire et le rythme circadien (jour/nuit). Le cortisol est considéré comme l’hormone du stress, car notre organisme en produit davantage en période de stress.

La réponse au stress, matérialisée par la libération dans l’organisme de cortisol, est l’un des mécanismes physiologiques les plus prometteurs pour expliquer la genèse des pensées et conduites suicidaires.

Ainsi, l’hyperactivité de ce mécanisme a été associée à un risque accru de suicide chez les patients présentant des troubles de l’humeur et ceux ayant des antécédents cliniques de tentative de suicide.

C’est donc dans cet objectif de découverte de nouveaux marqueurs biologiques du suicide ou de nouvelles cibles thérapeutiques que l’équipe suédoise a étudié de près le gène CRH.

Modifications épigénétiques du gène CRH et santé mentale

Pour mesurer le niveau d’implication de la génétique dans l’état de santé psychiatrique des individus, les chercheurs suédois supervisés par Helgi Schiöth du département de neurosciences et de pharmacologie de l’université Uppsala, ont examiné l’état de méthylation, autrement dit les caractéristiques épigénétiques, du gène CRH chez 88 personnes âgés en moyenne de 34 ans et ayant réalisé une tentative de suicide.

À savoir ! Les modifications épigénétiques du génome consistent en l’ajout de groupements méthyle sur l’ADN lui-même, mais aussi sur les protéines de compactage de l’ADN, les histones. L’activité des gènes peut en être modifiée sans que la séquence de l’ADN soit modifiée. Ces modifications chimiques sur le génome sont souvent la conséquence à une exposition environnementale spécifique, comme des conditions stressantes.

Ces 88 participants ont été divisés en deux groupes selon la gravité de leurs comportements suicidaires : l’un étant qualifié de groupe à risque élevé et l’autre, à risque faible.

75% des personnes du groupe à haut risque suicidaire étaient diagnostiquées dépressives contre 68% dans l’autre groupe.

À savoir ! Les chercheurs ont stratifié ces groupes en fonction, entre autres, de la méthode de la tentative de suicide. Les auto-empoisonnements et les coupures au poignet étaient considérés comme des tentatives de suicide non violentes. Tandis que les autres méthodes, comme la noyade, l’utilisation d’armes à feu ou de gaz, et enfin, la pendaison, étaient considérés comme violentes.

Après analyse du profil de leur gène CRH, quelles sont les conclusions des chercheurs?

Le gène CRH est moins méthylé, sur deux emplacements du gène (cg 19035496 et cg23409074),  dans le groupe à haut risque suicidaire comparativement au groupe ayant une probabilité moindre de se suicider.

“Notre environnement affecte notre expression génétique, ce que l’on appelle habituellement un changement épigénétique. Même si nous ne sommes pas en mesure de faire des parallèles distincts entre les résultats de ces études de cohorte, nos résultats soulignent encore l’importance d’une régulation optimale du stress pour prévenir la survenue de maladies psychiatriques ” souligne Jussi Jokinen, le premier auteur de ces travaux et professeur de psychiatrie à l’université de Umeå.

Pour les chercheurs, ces données ne permettent pas encore de conclure sur une relation de “cause à effet” entre niveau de modifications épigénétiques du gène CRH et risque de développer des comportements suicidaires.

Dans un avenir proche, les chercheurs espèrent développer des thérapies ciblant ces modifications épigénétiques. Mais aussi, mieux prévenir le risque de geste suicidaire grâce à l’analyse individualisée d’un ensemble de biomarqueurs qui s’y rattachent.

Julie P., Journaliste scientifique

– Genetic changes caused by environmental factors linked to suicide risk. Eurekalert. Le 2 janvier 2018.
– Epigenetic Changes in the CRH Gene are Related to Severity of Suicide Attempt and a General Psychiatric Risk Score in Adolescents. J.Jokinen et al. EBioMedicine. Le 18 décembre 2017.
Julie P.

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